Quoted from : Le Mauricien
LUNDI 15 FÉVRIER 2010
Computing : des Courseworks sous-traités et tarifés

Il y a près d’un millier de collégiens qui prennent part aux examens de Computing au niveau du HSC chaque année
Une cinquantaine de candidats aux derniers examens de Higher School Cetificate (HSC) n’ont pas obtenu de résultats en Computing et la note “Pending” figure sur le result slip. Il ne s’agit nullement d’une erreur Cambridge International Examinations (CIE), car l’examinateur anglais opte pour cette annotation quand il soupçonne un cas de “Malpractice/dishonnesty” dans le Coursework (project work – travaux pratiques) ou quand ce travail spécifique n’a pas été authentifié par le collège du candidat comme le stipulent les règlements. Au-delà de la cinquantaine de cas présents, Le Mauricien lève le voile sur des pratiques malhonnêtes – qui auraient cours depuis plusieurs années – dans la production des courseworks et où certains candidats n’hésitent pas à sous-traiter leurs travaux pratiques à des professionnels et semi-professionnels, contre paiement.
Malgré les consignes et les paramètres fixés (voir plus loin), Cambridge est en présence d’un nombre grandissant de cas en Computing présentant des similitudes entre deux ou plusieurs projets, quand ce ne sont pas carrément des travaux identiques. ” Il y a des cas “pending” chaque année à cause de ces similitudes mais pour l’an dernier il y en a eu beaucoup plus que d’habitude. D’où notre inquiétude “, confie Lucien Finette, le directeur du Mauritius Examinations Syndicate (MES). ” Cambridge a des doutes lorsque le rapport du vérificateur du MES fait état d’un non-respect des procédures visant à s’assurer que le travail a été fait à l’école sous la supervision des enseignants et il attribue une note “Pending” pendant qu’il effectue son enquête ” explique M. Finette.
Force est de constater que ces cas de similitudes relevés par Cambridge n’étonnent guère aujourd’hui dans le milieu des enseignants. ” C’est connu que des candidats de SC et de HSC font appel à des personnes externes à l’école pour faire le travail à leur place, contre paiement. Mais cette pratique existe aussi pour les travaux d’Arts & Design “, dit un enseignant de carrière. Mais qui sont ces contractuels ? ” Ce sont des personnes qui ont une bonne maîtrise de l’informatique. Parmi il y a des enseignants, des chargés de cours, d’anciens étudiants qui ont eu d’excellentes notes dans cette matière, mais aussi des professionnels “, dit notre interlocuteur. Les “services” de ces “helpers” sont tarifés selon la complexité du travail. ” Pas moins de Rs 5 000 ; cela peut aller jusqu’à Rs 15 000. Un contractuel qui ne se contente que d’un coursework par an demandera un prix élevé. Mais celui qui produit plusieurs projets réclamera Rs 5 000 à Rs 6 000 à chaque candidat “ affirme cet enseignant. Des enseignants de Computing relatent ce cas référé à la police, il y a trois ans, et impliquant un enseignant qui avait réclamé Rs 4 000 pour chaque “commande” reçue.
Le plus grave, indique-t-on, c’est que ces travaux réalisés à l’école se font, dans la majorité des cas, avec la bénédiction des parents. Une enseignante d’un collège confessionnel raconte qu’à la veille de la soumission des projets en 2007 une de ses élèves lui présente un travail dont elle n’a jamais pris connaissance car n’ayant pas été réalisé sous sa supervision. ” J’ai été choquée. D’abord, cette candidate avait fait fi consciemment des règlements. Ensuite, ce travail ne reflétait pas le niveau de cette élève. J’ai refusé de certifier le coursework de cette candidate. Or, ses parents ont fait pression. Son père a été jusqu’à me menacer au téléphone. La direction de l’école a tenu tête et m’a soutenue de même que tous mes collègues. Cambridge avait pris en compte mes observations et a octroyé un “No Result” à cette candidate “, témoigne cette enseignante.
Les langues se délient aujourd’hui pour dénoncer l’intervention de ces ” helpers rémunérés “. ” Forcement il y a aura des similitudes si c’est une seule personne qui prend en main plusieurs courseworks. C’est un scandale qui dure depuis des années ! “, un affirme un enseignant qui a beaucoup participé à la correction des courseworks au niveau de SC (à noter que les projets de SC pour diverses matières sont corrigés localement).
Plagiats
L’on dénonce aussi les nombreux cas de plagiat. ” Ils copient soit à partir de l’internet ou à partir des travaux qui ont été présentés par d’anciens candidats de HSC. On camoufle au blanco le nom de l’auteur du travail original “, raconte un interlocuteur. Qu’est-ce qui pousse des candidats à contourner les règlements ? ” La préparation d’un coursework est très lourde et très exigeante en termes de temps. Pour les 10% de travaux qui sont faits à la maison, il n’y a pas de week-end, ni de vacances scolaires et il faut savoir gérer son temps. Mais des candidats préfèrent la facilité. Il ne faut pas occulter la pression des parents qui s’attendent à résultats brillants et confient alors le travail à d’autres. Ce n’est ni plus ni moins que de la malhonnêteté. Je suis bouleversée, révoltée et aussi attristée “, témoigne une jeune enseignante.
Le MES est-il au courant du commerce des courseworks ? ” Non “, réplique M. Finette, son directeur. ” En revanche nous examinons le problème de Malpractice chaque année et nous renforçons à chaque fois le mécanisme de vérification. Nous avons ainsi augmenté le nombre de vérificateurs affectés au contrôle d’authenticité du travail tout en renforcant notre campagne de sensibilisation auprès de ceux directement concernés par les courseworks “, indique M. Finette.
Ce dernier soutient que Cambridge est en présence des rapports des vérificateurs qui refusent d’authentifier un travail dont ils ne sont pas sûrs qu’il a été fait à l’école. ” Nous envoyons aussi à Cambridge tous les documents qu’ils exigent au cours de leur enquête “. Quelles ont été les conclusions de Cambridge après enquête des cas “ Pending” ces dernières années ? ” Même après enquête, Cambridge dans la grande majorité des cas, conclue à un “Ungraded” results, qui équivaut à un “No result’ “, révèle le directeur du MES.
Plus d’un enseignant affirme que les nombreux cas de similitudes et ceux de non-authentification de travaux résultant à des ” pending cases “ sur les results slips ne se seraient pas produits s’il y avait plus de contrôle de la part des vérificateurs du MES au cours de ces deux années de préparation.
Les règlements de Cambridge
Pour certaines matières (syllabus) aux examens de SC et de HSC telles Computing, Art & Design, Fashion and Fabrics, Design & Technology, Agriculture, le candidat doit obligatoirement présenter des courseworks (autrefois connu comme “projet”). Si Cambridge laisse la liberté au candidat d’en choisir le thème, en revanche, la production de son travail doit correspondre à l’enseignement figurant dans le syllabus et aux règlements stipulés par CIE.
Dans le cas de Computing pour le HSC, les examens comprennent quatre épreuves (papers), dont les papers 2 et 4 sont des Courseworks. Le candidat commence ces travaux pratiques dès le début de la Lower VI et la préparation s’échelonne sur les deux années de HSC.
D’après les consignes de Cambridge (voir règlements plus loin) la réalisation de ces travaux se déroule à l’école et sous la supervision de l’enseignant. ” 90% du travail doit être fait à l’école et 10% à la maison. Il y a neuf classes de Computing par semaine, dont quatre réservées aux travaux pratiques. Je dois voir le travail de chaque élève au moins deux fois par semaine pour le monitoring. L’élève ne doit avoir aucune aide en dehors de l’école et Cambridge est très clair là-dessus “, fait ressortir une enseignante d’un collège privé des Plaines-Wilhems. En effet, le manuel dit ceci : ” Teachers must : (i) exercise continuing supervision of work to prevent plagiarism and to monitor progress ; (2) distinguish between deliberate copying and an innocent over-reliance on books or other published materials ; (iii) ensure that candidates state their sources ; (iv) ensure that the work is completed in accordance with the syllabus requirements and that it can be assessed in accordance with the specified criteria. “
Le MES commence la collecte des courseworks dès le début du troisième trimestre en Upper VI et les envoie ensuite à Cambridge pour évaluation. Tout projet soumis au MES doit être certifié par l’enseignant concerné, de même que par le chef d’établissement. De plus, trois semaines avant la soumission des projets, un vérificateur externe est envoyé dans les collèges par le MES. ” Cette Ressource Person est sur place non pas pour évaluer la qualité du travail produit par les candidats mais pour vérifier l’authenticité de chaque coursework. Il vérifie que le travail est fait à l’école sous la supervision de l’enseignant. S’il a des doutes, il interroge à la fois le prof et le candidat “, explique-t-on au MES. Ce vérificateur, est-il souligné, passe à intervalles réguliers dans les collèges dès le début de la Lower VI pour constater la progression du travail. ” Le vérificateur note également dans ses rapports les courseworks qu’il n’a pas vus lors de ses différentes visites “.
Ce que récusent cependant des enseignants de cette matière. S’ils confirment la présence de ce vérificateur externe au mois de septembre, soit juste avant la soumission des projets, ils affirment ne le voir à l’école qu’une seule fois durant ces deux années de préparation. ” C’est faux de dire que le vérificateur passe à différentes étapes. On ne le voit qu’une seule fois durant ces deux années, soit juste avant que l’école n’envoie les travaux pour évaluation “, témoigne une enseignante.